Santé des femmes : à Turin, faire entendre ce qui reste sous silence

Le 29 octobre, Règles Élémentaires était à Turin pour une soirée consacrée aux inégalités qui persistent en matière de santé des femmes. Organisée par les eurodéputées Benedetta Scuderi et Mélissa Camara, cette rencontre a réuni des responsables politiques et des représentantes d’associations autour d’un enjeu commun : faire avancer les droits et leur application concrète, partout en Europe.
« Pain and Silence. How society has ignored us for ages » : le titre de cette soirée, accueillie au Polo Culturale Lombroso16, donnait le ton. Douleurs minimisées, difficultés d’accès aux soins, manque de connaissances, droits fragilisés… Les obstacles rencontrés par les femmes dans leur parcours de santé restent nombreux.
Mais les mobilisations associatives et les avancées politiques montrent aussi qu’il est possible de faire bouger les lignes. En deux temps, consacrés à l’état des lieux puis aux bonnes pratiques, les échanges ont permis de relier ces constats aux moyens d’agir.
Des droits aux réalités du terrain, un écart qui persiste
Le premier panel a notamment mis en lumière les difficultés d’accès à l’avortement en Italie. De retour d’une mission du réseau de parlementaires « All of Us », Benedetta Scuderi a partagé ses observations et replacé la situation italienne dans le contexte européen, à partir de son travail au sein de la commission des droits des femmes et de l’égalité des genres du Parlement européen.
À l’échelle locale, Tullia Todros, du collectif « Più di 194 voci », a décrit les obstacles rencontrés à Turin et dans ses environs : affaiblissement des consultori, ces centres de planning familial de proximité, pressions dans les hôpitaux et difficultés d’accès à l’IVG dans certaines structures. Son intervention a rappelé combien des services publics accessibles et présents sur les territoires sont essentiels pour rendre les droits effectifs.
La question de l’écoute a également traversé les échanges. Martina Alberani, médecin de santé publique et membre de l’European Institute of Women’s Health, a abordé les biais de genre en médecine, notamment la minimisation de la douleur des femmes et ses conséquences sur les délais de diagnostic. Elle a souligné les lacunes qui persistent dans la recherche et les soins en Europe.
La justice menstruelle a toute sa place dans le débat
Pour Règles Élémentaires, Justine Okolodkoff, notre directrice adjointe, a porté un enjeu encore trop peu pris en compte : l’impact des protections périodiques sur la santé.
Pouvoir se procurer des protections est indispensable. Pouvoir savoir ce qu’elles contiennent et les utiliser en confiance l’est tout autant. La justice menstruelle concerne aussi la qualité des produits, l’accès à une information claire et la protection de la santé des personnes qui les utilisent.
En pointant les failles des réglementations européennes et nationales, Justine a rappelé la nécessité de faire progresser les exigences qui encadrent ces produits. L’accès aux protections, la lutte contre les tabous et la sécurité des produits doivent avancer ensemble.
Des avancées sur lesquelles construire
Le second panel a donné toute leur place aux victoires obtenues et aux enseignements qu’elles peuvent apporter à l’échelle européenne.
Mélissa Camara est revenue sur l’inscription de la liberté de recourir à l’IVG dans la Constitution française en 2024. Elle a analysé le rôle des mobilisations militantes et politiques dans cette avancée, ainsi que les perspectives qu’elle ouvre pour d’autres pays.
Priscilla Saracco, directrice générale d’ENDOmind France, a présenté le rôle déterminant du plaidoyer des patientes dans la reconnaissance de l’endométriose et le développement de politiques publiques en France. Un parcours qui montre la force de la mobilisation collective, tout en rappelant le chemin qu’il reste à parcourir.
Camille Gervais, conseillère juridique Europe au Center for Reproductive Rights, a partagé les leviers juridiques permettant de faire progresser l’accès à l’avortement. Noemi Ricci, chargée de communication et de plaidoyer chez DSW et présidente du Young Women’s Health Group, a exploré les conditions nécessaires pour transformer la place croissante de la santé des femmes dans l’agenda politique en actions concrètes.
Faire de ces progrès des garanties durables
Au fil des échanges, une même exigence s’est dégagée : les avancées doivent être consolidées, coordonnées à l’échelle européenne et soutenues par une volonté politique forte.
Pour Règles Élémentaires, cette rencontre a été l’occasion de porter la justice menstruelle au sein d’une mobilisation plus large pour la santé et les droits. Être informé·e, avoir accès à des produits adaptés, être écouté·e et bénéficier de soins : ces droits doivent se traduire dans la vie quotidienne. C’est tout le sens de notre engagement, en France comme à l’échelle européenne.